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TOUCHÉ AMORÉ + TRAUMA RAY + BONEFLOWER - La Marquise, Lyon - 27/01/25.

C5.
Non.
D6
Non.
B3 ?
Touché. Hal Hashby.
E2 !
Limelight. Coulé. … félicitations !

:dart:

Premier concert de l’année - enfin ! - dans la péniche de la Marquise où je retrouve @Steppe qui est montée de Montpellier et qui sirote une bière. A peine le temps d’échanger des nouvelles que la soirée commence par une surprise, puisque nous ignorions qu’il y avait une 1ère première partie : les madrilènes de BONEFLOWER. Très bon concert dans lequel je finis par entrer au 3ème morceau grâce à une batterie groovy qui vient enjoyer un post-hardcore avec beaucoup de variété, des passages heavy et d’autres atmosphériques. Un guitariste-chanteur possédé, beaucoup de (très bons) nouveaux morceaux, un groupe que je reverrai avec plaisir et une seule photo à peu près acceptable, prise en vitesse alors que Steppe tenait ma bière en équilibre sur sa tête : une étrange coutume de l’Hérault ? :thinking: En tout cas, le groupe a tenu les promesses que son nom évoque. De la beauté et de la moelle, des fleurs qui poussent sur des ossements : BONEFLOWER.

:cherry_blossom:

Quand commence le concert de TRAUMA RAY (Fort Worth, Texas), j’enfile mes chaussettes chaudes, mes charentaises, mon pyjama. Je suis dans ma zone de confort. Tout commence par une mise en orbite annoncée (Liftoff, décollage). Marrant comme le shoegaze se rapproche de la dreampop quand on l’écoute à la maison (épais coton, voix rêveuse), et comme en concert ça vous emplit la poitrine d’une épaisseur, d’une densité que ce quintet (3 guitares sur scène) cimente devant nous, dans une lumière glauque, uniformément verte, qui évoque parfaitement la pochette du dernier album : Chameleon. Une batterie « à la Stone Roses » fait danser les éléphants, le mix laisse bien entendre la voix et chaque instrument à l’exception de la basse. Un moment d’accalmie grâce à Spectre et son faisceau d’émotions, un chanteur caché derrière ses cheveux qui réclame plusieurs fois le calme entre les morceaux - était-ce une plaisanterie ? Était-ce pour s’accorder ? Pour déplorer le bavardage bruyant de certains - there’s beauty in silence dira-t-il, pour le grand amusement de ses camarades. Pour terminer, comment mieux passer le relais qu’avec… Relay, ce classique instantané du shoegaze ?

:syringe::peacock: (rébus : quelqu’un a trouvé ?)

Rares sont les artistes qui, comme Jeremy Bolm, chanteur de TOUCHÉ AMORÉ, vous font l’effet de TOUT donner. De donner à un point qu’il vous semble inenvisageable de ne pas vous mettre au diapason, et tant mieux si le diapason est fêlé. De toute façon, il faut l’être - fêlé, fissuré, abîmé - pour être à la Marquise, un dimanche soir de janvier, à se faire hurler en pleine face que la vie est sublime et difficile.

TOUCHÉ AMORÉ est un groupe de post-hardcore californien, qui a une petite vingtaine d’années d’existence, 6 albums au compteur, et si vous pensez qu’on est là pour prendre le pouls d’un cheval mort (titre de l’un de leurs albums), c’est que vous vous êtes inscrits au concours de dressage et que vous êtes au mauvais endroit. Ici, c’est la cavalcade sauvage.

Le deuil, le doute, l’anxiété, la maturité et l’immaturité, la santé mentale, le rejet de la solitude, l’incompréhension, la résilience… Là où le psyché propose un trip, TOUCHÉ AMORÉ déballe ses tripes. Et les pensées de Bolm - peut-être le meilleur parolier des musiques extrêmes - ne sont pas moins incarnées (un journaliste a parlé de « scarification verbale ») que les circonvolutions d’un cerveau mis en voyelles
ou consonnes
qu’on sonne
qu’on fait sonner
et dissoner.

Excitation qui précède les grandes soirées. Concert complet. 200 personnes serrées comme des sardines. Du poids dans les mots et du poids dans le son.

L’extraordinaire Nobody’s, du dernier album, ouvre le bal, bientôt suivi par Hal Hashby (je me rappelle que Being there (Bienvenue Mr. Chance en français) du même Hal Hashby a longtemps fait partie de mes films préférés). Tout le monde chante et hurle à l’unisson sur Reminders (et absolument tous les autres morceaux). Tout le monde bondit et ma voisine déchaînée m’atterrit sur les pieds malgré ma supplication : « Don’t @Steppe on my blue suede shoes » ! Hypnose : le concert déroule une spirale en ligne droite (titre du dernier album) et le groupe, tel Moïse prophète du hardcore, écarte devant nous les eaux qui nous séparent de la lumière (titre du 3ème album). Ce n’est pas un public qui s’agite au pied de la toute petite scène, ce sont des passionnés qui entonnent chaque mot et renvoient au groupe la ferveur déployée. Jeremy Bolm, souriant, charismatique, qui, par son intelligence et son engagement rappelle un Michael Stipe emacié, énervé, et pour qui j’ai développé une vraie sympathie, hurle sa poésie urbaine et les tremblements de son carnet intime. Une voix qui vous submerge. Une voix qui vous traverse. Une voix qui tremble et fait trembler.

Un final ravageur avec Force of habit (à laquelle on se s’habitue pas), le bouleversant Flowers and you aux riffs d’une beauté jamais fanée et bien sûr - le plus bel hymne du monde ? - Limelight, avant que ne s’éteignent les feux de la rampe. On finit en nage et épuisés. I’m tired and I’m sore (je suis fatigué et j’ai mal de partout), I’m not so young anymore (je ne suis plus si jeune que ça)… Mais p… que je suis heureux !

Le 1er concert de l’année peut-il être le meilleur ?

Allez…

Puisqu’on était sur une péniche (un peu tous dans la belle galère) et que la vie est une bataille navale (… elle a perdu les eaux, j’essaye de me maintenir à flots, je nage toujours à contre-courant…), je pose la question :

Touché ?

Coulé ?

Non, bébé.

Touché Amoré.

(Voici la setlist que j’ai essayé de prendre en photo avant que @Steppe ne parte en courant avec :wink:).

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