WORMROT + GUMMO + PROUDHON au Warmaudio, Décines-Charpieu, banlieue de Lyon, hier soir.

Retour au Warmaudio, ce rectangle de béton caché dans une arrière-cour, digne d’un fight club clandestin (oui, je me la raconte un peu…
) et situé dans la banlieue pavillonnaire de Lyon à Décines-Charpieu, où je fais passer le temps avec une ambrée au goût de pomme psychédélique : Cidre barette ?

En première partie, GUMMO (grindcore powerviolence lillois) - pit en feu, mais moins que notre @Pete à nous) - et PROUDHON (rusty grindcore de Besançon - pour rappel, dans la besace des bisontins : Pierre-Joseph Proudhon et les prémices de l’anarchie) ont méticuleusement répondu à nos attentes, qui étaient peut-être de ne pas en avoir, ou de succomber à leurs morceaux ultra courts, rapides et même, par paquets de secondes, eau de groovy. Le grind a déboulé dans notre fin de journée comme un chien fou, bavant, hargneux et remuant de façon obscène les deux queues, mais terriblement fidèle (le meilleur ami de l’homme) : et quand on sait ce dont l’homme est capable, on avait envie de montrer les dents.
Voici GUMMO (désolé pour Proudhon, je protégeais un peu mes tympans à l’arrière du pit) :
La salle est bien remplie (180 personnes, d’après le mec sympa de l’accueil). Un merch bien approvisionné occupe le fond de la salle, et je résiste aux charmes des tishs (25 € celui de la tournée et 10 € pour les autres) sur lesquels figure le magnifique logo de Wormrot, mais pas à une petite sérigraphie réalisée par Arif, chanteur du groupe.
Les t-shirts de Gummo, dans un style horror comics, sont aussi très sympas, tandis que ceux de Proudhon sont plus classiques (arborescence death).
Pour leur dernier album, TNT (nommé ainsi parce qu’il a été enregistré dans le studio du même nom, et sorti cette année), les singapouriens de WORMROT ont réuni le line-up original. Finies les entrées et sorties dans le petit théâtre des horreurs. On est en compagnie des darons et pas là pour rigoler, mais pour faire briller la lumière blafarde du grindcore immaculé (Eternal sunshine of the spotless grind).
Je ne pourrai pas vous dire à priori quels morceaux ont été joués. J’avais pas appris les couplets ni les refrains et j’avais pas signé les conditions légales. Growl de drame, monsieur Carné, qui s’y connaît en alimentation (carnée). De toute façon, quand vous percez un trou dans le riche et fertile humus de leur discographie - 6 albums, 6 boîtes à appâts en fer blanc - comment différencier tel ou tel ver, quand tous se tortillent furieusement ? Est-ce que ça a de l’importance ? Devant nous - en nous - ça grouille, ça dérouille. Merde, chaque morceau déborde de rage, d’agressivité, d’une énergie plus noire que celle d’un trve noir, et de l’amour du metal. La machine à broyer (sens premier du verbe to grind) transforme la scène en cène chaotique, banquet de victuailles mâchées, remâchées, crachées, savoureuses et pourries que l’on se jette à la gueule et dans lesquelles ver et chair font bonne chère. Ça pue et c’est bon comme un durian (tout l’inverse de Dur(i)an Dur(i)an). Et si tout le monde est Judas, dans ce banquet de boucan où une petite centaine de personnes ont traîné leurs growls, si tout le monde finit avec un poignard dans le dos, c’est pour la bonne cause : ainsi va le monde. De Lulli à WORMROT, le chemin est long, et le bas rock vomit dans le caniveau. Seul le XXème siècle - industrialisation, guerres, génocides, camps de concentration et d’extermination - pouvait produire le grind et ses monceaux de napalm deaths. Effervescence. Le grind, n’est pourtant pas du champagne mais du Destop. Pas de noble pourriture, pas de dégustation, pas de joli ver à vin et pas de littérature : ça passe en force et ça débouche. Alors on courbe l’échine, on se prend typhon sur typhon dans la gueule - et c’est bon. À Glazart, ça avait commencé par No one gives a shit et fini par Fix your broken mind (tout un programme, saturé ou rembousfait) et peut-être ici aussi, même si l’impression était plutôt de se faire piétiner par 24 éléphants d’Asie qui jouait du xylophone avec nos roubignoles - pour ceux qui en avaient - je laisse ici un espace aux demoiselles pour trouver une équivalence inclusive (…) ou à une ballade dans un labyrinthe éboulé (titre issu de l’album Hiss). La boussole qui s’affole est fêlée, des zombies désarticulés errent dans le pit (Principle of puppet warfare) pris de soubresauts périlleux. Quel Public display of infection ! L’affiche est lacérée et la messe est dite, ou plutôt, le mess édite en nous rage et bave aux lèvres. C’est contagieux ? Oui Monsieur : c’est prescrit dans l’officine du Diable, c’est pas remboursé et les bourses ont morflé.
Chacun se disperse - la foule des marginaux, les filles à cheveux bleus, le bancal qui dit banco, les tatouages facials (quelle tendresse j’ai pour ces gens là !) - et chacun se faufile entre pavillons (endormis) de banlieue et pavillons (endoloris) de l’oreille. Quand le dialogue ne suffit plus / commence la violence (titre de l’album Hiss) et un peu la fraternité aussi.
Un grand merci à WORMROT pour sa radicalité, pour sa générosité sur scène (il suffisait de voir l’épuisement du chanteur et du batteur entre deux morceaux) et pour sa gentillesse après le concert, et à @LYON_HARDCORE pour ce savoureux plateau de mignardises variées non avariées : viande crue, viande hachée / broyée / vomie, anarchistes et gaz de schiste qui vous explosent la gueule cassée, comme en 18 (prix de la soirée).