Pour commencer, merci du fond du coeur @Hrafnagud pour cette sublime idée, qui nous permettra de nous rappeler à tous pourquoi on est ici: par amour du metal et de certains artistes! Et non, le classement de KoRn et ses 14 galettes attendra, car je suis en débat avec moi-même sur tout le classement, sauf le premier et le dernier!
Dans la vie, il y a toujours des moments qu’on oublie pas. Le premier amour en fait généralement partie. Tout comme le premier coup de foudre musical qui vous retourne le cerveau. Il s’avère que dans mon cas, les deux sont profondément liés! Loin de moi à 15 ans l’idée d’écouter du metal. J’avais déjà bien fricoté avec le hard-rock de Papa, mais le metal, c’était du bruit et de la fureur, du bazar acoustique sans aucun sens, et des gars qui gueulent comme des putois des trucs inaudibles pour expliquer que la vie c’est une tannée, et qu’ils sont vraiment en colère!
Mais… dites-donc… ça tombe bien ça! Parce qu’à 15 ans, j’étais finalement bien d’accord avec tout ça! Me voilà donc à écouter Toxicity pour faire plaisir à mon amoureux qui me dit que « ça, ça devrait aller pour commencer » (et je le remercie, parce que Cannibal Corpse, j’avais pas autant adhéré à l’expérience plus tard…
). Et voilà donc le classement du groupe qui m’a foutu ma première claque, avec lequel j’ai une relation amour-haine qui fait que je les adule autant qu’ils m’insupportent, et qui resterons la cause initiale de ma présence ici.
Tout droits venus de Los Angeles (et accessoirement d’Arménie et du Proche-Orient, tous les membres étant d’origine arménienne, ce qui ne manquera pas de marquer leur musique), je vous propose d’aller avec moi creuser la courte mais efficace discographie de System of a Down!
En commençant par celui que j’aime (très fort quand même) le moins!
5- Steal This Album ! (2002)
Emergé des cendres de la perle absolue qu’est Toxicity, sortie l’année précédente, Steal This album! sera le dernier de la liste. La genèse de cette jolie petite galette, c’est le piratage et la diffusion d’enregistrements de titres non retenus pour l’opus Toxicity. Le groupe se désolant d’entendre ça circuler avec une qualité lamentable ne rendant pas justice à leur boulot, ils décident de repartir en studio, et de mettre tout ça au propre!
Les voilà donc à reconstruire tout un album sur la base de titres jugés pas assez bons ou s’intégrant moins bien au rendu final de Toxicity. Il est décidé, non sans humour mais aussi une petite critique mal camouflée, d’intituler ce nouveau travail « Steal This Album! » en référence au vol des enregistrements. La pochette sera d’ailleurs à l’image d’un CD gravé…
Cet album n’est de fait pas construit de la même façon que les précédents, et on sent que parfois la succession des titres ne se fait pas aussi naturellement. Il y a toutefois pas mal de riffs qualitatifs, et on se laisse entrainer dans les méandres d’un album dénonçant une fois de plus les dérives de la société américaines, entre les bas instincts guerriers (BOOM! , dont le clip tourné par Michael Moore montre des images des manifestations contre l’envoi de troupes au Moyen-Orient, manifestations auxquels les membres du groupe ont participé, Nüguns, ADD), la surconsommation et l’abrutissement qui en surgit ( Chic’n’Stu ), les violences policières ( Mr.Jack et son intro que j’adore). On a droit aussi à la petite balade acoustique « Roulette », qui offre un moment souvent bienvenu de petite pause dans leurs concerts.
Dernier album qui laisse la part belle au chant à Serj Tankian, que Daron Malakian ne faisait que « soutenir » sur une partie des titres. Dernier album avant l’opus en duo Mesmerize/Hypnotize, qui me brisera le coeur.
Mes titres favoris: Innervision, Mr.Jack, Highway song
4- Hypnotize (2005)
Deuxième partie d’un enregistrement studio fait en une fois, Hypnotize est la deuxième face de la pièce composée en premier lieu de Mesmerize. Deux mots différents mais similaires pour décrire l’hypnose, et la fascination. A cette époque, me voilà déjà au rang de leur plus grande fan depuis plus de 2 ans, et je les aime d’un amour qu’ils ne manqueront pas de décevoir en faisant la pause interminable dans laquelle ils sont encore (normalement, au bout de 21 ans, on appelle ça une rupture!).
Plus chaotique que la première partie, et un poil plus énervé, l’album est bon dans l’ensemble, et propose quelques titres bien inspirés et engagés.
Si la présence maintenant inévitable de Daron Malakian, le guitariste de la formation, comme deuxième chanteur est regrettée par certains, j’apprécie plutôt. La différence de timbre de voix entre Serj et Daron se marie bien à mon goût, entre la voix profonde et mélodique du premier, et celle aigüe et nasillarde du second.
Les racines arméniennes, et toute la douleur et la colère liée à l’incapacité pour l’Etat turc de reconnaitre le génocide arménien organisé pendant la première guerre mondiale, s’illustre dans un nouveau titre, « Holy Moutains », quelques années après « P.L.U.C.K ». Tantôt mélancolique, tantôt rageux (pour ne pas dire haineux), il fait partie pour moi des très bons titres de l’album. Mais les petits riffs d’inspiration orientale d’Hypnotize savent aussi rappeler ces origines.
Le groupe nous gratifie aussi de leurs délires sur plusieurs titres (She’s Like Heroin) dont notamment le désormais célèbre Banana Terracotta Pie (Vicinity of Obscenity), dont on peine encore à comprendre la signification. Mais comme dirait Daron en personne: « Once again, this song is about nothing! ».
Pour clore l’oeuvre, nous voilà accablés de la lourdeur émotionnelle de « Lonely Day », écrit par Daron Malakian un jour de grande forme mentale, et de « Soldier Side » qui offre un texte compatissant mais pesant sur la solitude des combattants, et sur l’absence d’espoir quand tout est déjà trop tard.
Le soldat System of a Down déposera les armes juste après, du fait des désaccords artistiques entre Serj et Daron, les deux moteurs, compositeurs et paroliers du groupe. Et moi, je n’ai plus qu’à me dire « Welcome to the Soldier Side, where there’s no one here but me ». Seule, esseulée et solitaire!
Mes titres favoris: Dreaming, Lonely Day, Soldier Side
3- Mesmerize (2005)
Premier album de SOAD que j’ai acheté le jour de sa sortie, dans un état d’excitation à peine soutenable, voici la première partie du duo d’album évoqué juste avant.
Les pochettes de Mesmerize/Hypnotize sont pour l’anecdote des oeuvres de Vartan Malakian, le père de Daron.
Le premier titre est une version tronquée et d’introduction acoustique de « Soldier Side », qui ferme donc l’album suivant (mais présenté juste au-dessus), faisant au final de ces deux albums une oeuvre complète, à apprécier dans son intégralité, mais je me dois de scinder en deux pour jouer le jeu du classement.
Après cette petite intro toute douce… prends toi bien « BYOB » dans la tronche, ça va te réveiller ma petite Mouette!
Et c’est parti pour 30 minutes (oui… c’est court pour autre chose que du HxC).
On est embarqué dans des titres à grand renfort d’emprunts à d’autres styles musicaux, notamment sur Radio/Video avec son air de polka, Violent Pornography, ou Old School Hollywood qui nous propose des tentatives d’électro bizarre. Ça part un peu dans tous les sens, c’est le dawa, mais j’aime! A nouveau, des paroles bien senties et profondes, évoquant les excès de la société américaine s’entremêlent à des choses qui n’ont ni queue ni tête (enfin… surtout pas de tête, parce que parfois, c’est pas très « tout public »). Parfois, on a droit aux deux dans un seul et même morceau, comme dans « Violent Pornography ».
Plusieurs titres sont pour moi parmi les meilleurs de leur discographie dans cet album (voir mes titres favoris après). Entre les morceaux efficaces comme BYOB, ou ceux un poil plus travaillés comme Lost in Hollywood, du haut de mes 17 ans, j’en ai pour mon argent, et je ponce cet album 7 fois le jour de l’achat (ouais… je suis pas d’une nature raisonnable, quand j’aime, c’est toujours « trop »).
Je ne savais pas encore l’ampleur du drame qui se préparait en coulisses. Entre procès fait par le groupe à Tankian qui voulait ne pas faire de tournée en 2006, mauvaise ambiance, à globalement 3 contre 1 (Tankian qui ne veut plus suivre la ligne artistique directrice du groupe, et qui veut ou introduire de la nouveauté, ou partir en solo, et Malakian derrière qui Shavo Odadjian et John Dolmayan vont se ranger, et ce malgré sa place qui devient écrasante, Odadjian n’ayant même pas enregistré ses parties de basse en studio), je ne sais pas encore que je vais être orpheline de mes parrains du metal. Je pleure, mais c’est encore de joie!
Mes titres favoris: BYOB, Radio/Video, Question!, Lost in Hollywood
2- System of a Down (1998)
Premier album du groupe, « System of a Down » sort en 1998, en pleine vague du Nu Metal, lancée par KoRn en 1994 (dont vous aurez EVIDEMMENT mon classement), et il est temps pour moi d’expliquer l’origine du nom du groupe. Tiré d’un poème écrit plus jeune par Daron Malakian, parlant du peuple arménien, System of a Down devait s’appeler à l’origine « Victims of a Down », titre dudit poème. Mais les autres membres n’aiment pas l’idée du terme de victime, notamment pour représenter leur peuple, et System vient le remplacer, ce qui selon la légende contentera grandement Shavo Odadjian, le bassiste, grand fan de Slayer, qui se dit que leurs albums seront donc tout à côté chez les disquaires!
Et voilà nos 4 arméniens bien énervés qui se lancent à la conquête du nu metal, à une époque où, disons le, c’est ce qui marche! Se côtoient dès lors ce qui fera la marque de fabrique de la formation: riffs simples mais efficaces (Daron Malakian reconnait bien volontiers ne pas être un guitariste très technique, mais chercher juste quelque chose « qui fonctionne »), messages politiques, gros bordel sans sens, duo Serj/Daron qui fera vivre le groupe, avant de le mettre en péril. Ça screame, ça growle, ça part dans les aigus, c’est de l’énergie, de la colère, de la revendication, pour la reconnaissance du génocide arménien (P.L.U.C.K), pour dénoncer les abus sexuels de l’Eglise (Suite-Pee), pour critiquer la guerre, et ses motifs religieux (War?).
La pochette choisie reprend la photo d’une main ouverte et faisant mine d’agripper quelque chose (ou plutôt quelqu’un), et est tiré d’une affiche du Parti communiste allemand.
A cette époque, les paroles sont encore toutes écrites uniquement par Tankian (sauf un titre, en collaboration avec Malakian), et toutes les musiques sont composées par Malakian, à l’exception de 4 sur lesquelles il collabore avec Tankian ou Odadjian. Les rôles sont encore très compartimentés et définis. Et, force est de constater que cela fonctionne bien!
Un album à conseiller à ceux qui veulent écouter System mais qui cherchent quelque chose de pas trop propre et de lourd.
C’est du très très bon System of a Down!
Mes titres favoris: Sugar, War? , P.L.U.C.K
1-Toxicity (2001)
Quand on pense à System of a Down, on pense à Toxicity.
Apogée du travail du groupe, cet album est, à mon sens, parfait. Je ne saurais même pas dire ce que je lui trouve de mauvais. On me répondrait « qu’il n’y ait pas encore un ou deux titres » que je dirais non. Rien ne doit venir compromettre l’équilibre impeccable entre mélodie, riffs lourds, chant clean, growl, scream, l’enchainement implacable des titres, l’émotion, l’énergie, le foutoir et l’organisation, le délire et la raison.
C’est un condensé incroyable de ce qu’ils savent faire, sans être les plus techniques, les plus justes, les plus innovants.
C’est une Bible à banger! De « Chop Suey » (initialement intitulé « Suicide » mais donc le titre a été changé pour pouvoir mieux passer en radio, la prononciation du « Suey » ressemblant au début de celle de «suicide » en anglais), à Aerials, en passant par Toxicity, il sera compliqué de trouver des metalleux ou quelque amateur de rock qui ne connaissent pas au moins quelques titres de cet album.
Mais System of a Down fait du System of a Down, c’est reconnaissable entre mille, et c’est ce qui me plait. Serj roule ses « r » comme jamais (faudrait pas qu’on oublie les origines de ces messieurs), ils invitent leur pote Arto Tuncboyacian, arménien lui aussi, et joueur de duduk, une flûte arménienne traditionnelle, pour une petite apparition sur le titre science, et pour une reprise en piste cachée (« Arto ») avec le groupe en fin d’album du « Der Vorghormia » (Seigneur, Prends-Pitié), une prière chantée de l’église apostolique arménienne. Je vous laisse la découvrir, mais ne vous attendez pas ici à du metal, on est dans le recueillement!
Un album propre, net, inspiré, brut et délicat en même temps, un petit bijou qui m’a fait tomber amoureuse du groupe, qui m’a fait regarder le metal autrement, que j’ai dû écouté plusieurs centaines de fois, avec le même plaisir, et les mêmes regrets!
Une oeuvre que je ne renierais pas pour tout l’or du monde, et que j’aime toujours avec la même émotion que la toute première fois.
Il parait donc que ça marque le premier amour.
C’est apparemment vrai…
Mes titres favoris: Deer Dance, Chop Suey, Forest, ATWA, Aerials (et le solo de guitare à la fin de Psycho)
Synthèse de mon classement :
1 - Toxicity (2001)
2 - System of a Down (1998)
3 - Mesmerize (2005)
4 - Hypnotize (2005)
5 - Steal This Album ! (2002)
Mentions spéciales: Genocidal Humanoidz / Protect the Land , sortis en 2021 pour soutenir les soldats arméniens et leurs familles, durant la guerre au Karabagh.
Mon coeur brisé et moi-même espérons que vous aurez envie d’y retourner un peu!