FOCUS
Ultra Vomit : Coloscopie du phénomène
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Dans l'historiographie musicale contemporaine, il est des anomalies qui résistent à la classification habituelle. Si l'on considère la musique classique comme une cathédrale gothique érigée vers le divin, et le Heavy Metal comme sa crypte païenne et bruyante, alors le quatuor nantais Ultra Vomit occupe une place particulière: celle de la gargouille. Une gargouille qui, du haut de sa corniche, crache non pas de l'eau de pluie, mais un mélange improbable de virtuosité technique, et de références scatologiques.
Il est de bon ton, dans les cercles musicologiques autorisés de considérer le metal parodique comme un sous-genre mineur, une note de bas de page dans le grand livre de la musique populaire. Quelle erreur funeste ! Ignorer Ultra Vomit, c'est ignorer le chaînon manquant entre l'absurdité de Boris Vian et la brutalité cathartique du grindcore moderne. C'est refuser de voir que sous le vernis du "pipi-caca" se cache une critique de la culture de masse, mais jouée à 220 BPM.
Depuis leur formation en l'an de grâce 2000, ce qui ne devait être qu'une plaisanterie de potaches a muté pour devenir un phénomène fascinant, une aberration statistique dans le paysage musical hexagonal capable de faire vibrer les murs sacrés de l'Olympia et de profaner les jardins de l'Élysée avec une aisance déconcertante. Là où Mozart jouait avec les conventions du classicisme viennois pour mieux les subvertir — insérant des plaisanteries musicales dans ses divertimentos — Ultra Vomit s'empare des codes dogmatiques du metal pour les passer à la moulinette d'un humour absurde, parfois lourd, souvent brillant, mais toujours exécuté avec une maîtrise instrumentale qui confine au sublime.
Ce focus a pour ambition de décortiquer le "phénomène UV" non pas comme une simple succession de gags musicaux, mais comme une œuvre totale, méritant une analyse aussi rigoureuse et, osons le mot, aussi prétentieuse, que celle que l'on accorderait à la Tétralogie de Wagner. Nous traverserons leur discographie comme on traverse les cercles de l'Enfer de Dante, mais un enfer pavé de canards vivants, de boulangères et de camtars, pour tenter de comprendre pourquoi, contre toute attente, ce groupe est devenu l'un des piliers incontournables de la scène metal française.
Les Origines : Du grindcore à la dérision scatologique
Le berceau Nantais
Nantes, cité des Ducs, berceau du surréalisme de Jacques Pierre Vaché. C'est dans ce terreau fertile, loin des fastes centralisateurs de la capitale mais imprégné d'une énergie créatrice bouillonnante (les Machines de l'Île n'étaient-elles pas déjà une préfiguration steampunk du metal industriel ?), que le projet germe dans l'esprit de Nicolas Patra (dit "Fetus") et d'Emmanuel Colombier (dit "Manard") à la fin du siècle dernier, plus précisément en 1999.
Si Vienne avait ses valses pour étourdir une société en déclin, Nantes avait besoin de son exutoire face à la morosité du nouveau millénaire. Au tournant de l'an 2000, alors que le nu-metal (Limp Bizkit, Korn, ...) domine les ondes avec son sérieux parfois risible et ses pantalons trop larges, Ultra Vomit naît comme une réaction épidermique. Une réaction non pas politique, comme le fut le punk de 77, mais une réaction esthétique : le refus du sérieux, le rejet de la "pose".
La formation initiale
Formé initialement comme un groupe de grindcore pur et dur, le groupe comprenait à ses débuts une configuration instable, typique des périodes de gestation artistique.
Nicolas Patra (Fetus) et Emmanuel Colombier (Manard) sont les piliers, les Lennon et McCartney du grindcore nantais. Camille Potier (cofondateur) quitte le navire très tôt (2000), laissant la place à une rotation de bassistes, dont Chris Besson (2000-2005) et brièvement Magali Fourcade (2005).
C'est l'époque des répétitions dans des conditions précaires, de la production Do It Yourself. La sortie de M. Patate en avril 2004 clôt cette ère primitive par un coup d'éclat qui leur vaut une reconnaissance immédiate dans l'underground. Ils sont alors les "enfants terribles" de la scène, respectés pour leur brutalité mais encore cantonnés à une niche. Cette ère primitive, documentée par des démos aux titres évocateurs comme Kebabized at Birth (écoulée à la main à 500 exemplaires, véritable trésor pour les collectionneurs), rappelle les premiers quatuors de Haydn : une structure brute, fonctionnelle, destinée à explorer les fondements d'un langage nouveau. Le grindcore d'Ultra Vomit n'est pas politique ; il est domestique. Il ne dénonce pas le capitalisme ou la guerre ; il dénonce la constipation ou la texture des pneus. C'est là que réside leur génie initial : appliquer la violence sonore la plus extrême à des sujets d'une banalité affligeante, créant un décalage cognitif qui deviendra leur signature.
Synthèse discographique : Une progression harmonique vers l'absurde
Si l'on devait comparer la trajectoire discographique d'Ultra Vomit à celle d'un grand compositeur, on pourrait évoquer Beethoven, passant du classicisme robuste de ses premières sonates au romantisme échevelé et visionnaire de ses dernières symphonies.
Chaque album d'Ultra Vomit marque une rupture stylistique, une élévation dans la complexité de l'orchestration et une maîtrise accrue de la satire. Ultra Vomit, c’est quatre albums studios, deux albums live et diverses démos.
Albums studio :
- M. Patate (2004)
- Objectif : Thunes (2008)
- Panzer Surprise! (2017)
- Le Pouvoir de la Puissance (2024)
Albums Live :
- L’Olymputaindepia (2019)
- Le Gros 4 : Live au Zénith de Strasbourg (2022)
M. Patate (2004) : La période "Sturm und Drang"
Le premier album, M. Patate, sorti sur le label underground Obliteration Records, est une collection de 22 vignettes sonores d'une brutalité inouïe.
L'album s'inscrit dans le mouvement "Goregrind" mais le subvertit de l'intérieur. Des titres comme Une Souris Verte ou Bouba (reprise du générique du dessin animé de Chantal Goya) témoignent d'une volonté de désacraliser l'enfance, de la souiller par la distorsion. La structure des morceaux, souvent inférieure à deux minutes, refuse le développement thématique cher à la forme sonate pour privilégier l'impact immédiat.
Le chef-d'œuvre méconnu : I Like to Vomit. Dans cette pièce, la répétition obsessionnelle du thème (le vomissement) semble interprétée par des hommes des cavernes sous amphétamines.
Vendu à plus de 1 000 exemplaires — un exploit pour du grindcore français à l'époque — l'album a bénéficié d'une édition collector légendaire : le "Sac de Vieille". Ce packaging conceptuel contenait, outre le CD, un t-shirt et une brosse à dents. Pourquoi une brosse à dents ? Est-ce une critique de l'hygiénisme moderne ? Une invitation à se laver la bouche après avoir proféré tant d'obscénités ?
Objectif : Thunes (2008) : Le tournant baroque et commercial
L'arrivée de Fabien Le Floch (dit "Flockos") en 2005 change la donne. D'abord bassiste (2005-2007), puis guitariste principal (dès 2007), il apporte une musicalité et une rigueur technique qui manquaient peut-être aux débuts, capable de tricoter des solos furieux avec une décontraction insolente.
Cette période voit le groupe s'éloigner du grindcore pur pour embrasser la parodie musicale large. La composition d'Objectif : Thunes se fait dans une effervescence créative. Le groupe signe chez Listenable Records, un label sérieux (celui de Gojira à l'époque), ce qui, paradoxalement, renforce la portée de leur blague.
Objectif : Thunes, le titre lui-même est une critique cynique de l'industrie musicale, tout en affichant une honnêteté désarmante. C'est leur Flûte Enchantée : une œuvre populaire, accessible. L'album abandonne le tout-grindcore pour explorer une variété de styles vertigineuse. Je Collectionne des Canards (Vivants) n'est pas sans rappeler les comptines de notre enfance, mais orchestrées avec une fureur punk qui doit autant aux Béruriers Noirs qu'à Blink-182.
Boulangerie Pâtisserie est une ode à l'artisanat français chantée avec la gravité d'un choral luthérien, où le growl devient un outil de célébration du pain au chocolat (Note du rédacteur : Ultra Vomit étant Nantais, je m’autorise exceptionnellement l’utilisation de ce terme localiste).
Après le succès d'Objectif : Thunes, le groupe entre dans une phase de stase discographique apparente. Huit ans sans album. Que font-ils ? Ils tournent. Ils deviennent des bêtes de scène. Ils participent à des projets parallèles absurdes comme Andréas et Nicolas (le groupe de "Super Chanson" de Fetus), prouvant que leur hyperactivité créatrice ne s'arrête jamais.
Durant cette période, la basse change de mains : Pierre "L'Estomac" Jacou officie de 2009 à 2014, avant de laisser sa place à Matthieu Bausson en novembre 2014. Ce changement de bassiste, loin d'être anodin, marque le passage à une section rythmique plus "groove", essentielle pour les morceaux à venir.
Panzer Surprise! (2017) : La symphonie du nouveau monde
Il aura fallu attendre neuf ans, une éternité dans le monde de la musique pop, pour voir naître le successeur. Panzer Surprise! est l'album de la maturité technique. Mixé par Fred Duquesne (guitariste de Mass Hysteria), le son est massif, puissant, digne des plus grandes productions.
Chaque piste est un pastiche stylistique, un hommage mimétique d'un groupe légendaire, réalisé avec une précision musicologique effrayante. Kammthaar n'est pas une parodie de Rammstein ; c'est une chanson de Rammstein écrite par des Français qui auraient trop bu de schnaps. L'analyse du son de guitare révèle une fidélité troublante à l'original indus-metal allemand de Richard Z. Kruspe. Evier Metal se moque gentiment des clichés du Heavy Metal façon Iron Maiden.
La Ch'nille transforme la danse populaire beauf par excellence en une marche militaire terrifiante. C'est la rencontre improbable entre Patrick Sébastien et Dmitri Chostakovitch. Le groupe manipule les émotions de l'auditeur, le forçant à headbanguer sur des rythmes qui devraient logiquement provoquer l'hilarité et/ou la consternation.
Avec des titres comme Calojira, Ultra Vomit invente le "mash-up conceptuel". Ils ne se contentent pas de copier ; ils synthétisent les essences de deux artistes opposés (ici, la pop de Calogero et la lourdeur technique du death metal de Gojira) pour créer une chimère musicale monstrueuse. C'est une démarche alchimique, transformant le plomb de la variété en or metallique.
Certifié Disque d'Or par le SNEP en octobre 2021 (plus de 50 000 ventes), cet album prouve que l'humour, lorsqu'il est soutenu par une excellence technique, peut transcender les barrières du genre. C'est la première fois depuis Contraddiction de Mass Hysteria, sorti en 1999 et certifié en 2018, qu'un groupe de metal français atteint ce seuil critique.
La sortie de Panzer Surprise! en avril 2017 est un séisme. Le groupe est partout. Le Hellfest leur offre la Main Stage en juin 2017, une consécration équivalente à jouer à Bayreuth pour un wagnérien. Devant 60 000 personnes, ils prouvent que l'humour peut fédérer des foules immenses.
L'année 2018 voit leur apogée scénique avec un concert mythique à l'Olympia le 31 octobre, immortalisé par l'album live L'Olymputaindepia (2019). Ils ne sont plus un "petit groupe rigolo", ils sont une institution.
En 2021, ils participent à la tournée "Le Gros 4", réunissant les quatre piliers du metal français : Mass Hysteria, Tagada Jones, No One Is Innocent et Ultra Vomit. Cette tournée est un adoubement. Ultra Vomit n'est plus le bouffon à l'extérieur de la cour, il siège à la table des rois.
Le Pouvoir de la Puissance (2024) : L'apothéose néo-classique
Le dernier opus en date (septembre 2024) confirme le statut de géants du groupe. Le titre est une tautologie magnifique, une mise en abyme de la vacuité des slogans marketing.
Si la recette reste la même (parodies, technique irréprochable), l'exécution atteint des sommets de précision. Doigts de Metal parodie le rap d'Orelsan avec un mimétisme vocal stupéfiant de Fetus, prouvant que sa tessiture vocale est aussi élastique que celle d'un contre-ténor baroque.
Les sujets restent triviaux (Mollo sur le Caca, Ricard Peinard), mais sont traités avec une gravité wagnérienne. L'album est une critique en creux de la société de consommation et de l'ère numérique (GPT (à l'instant)), dissimulée sous des couches de distorsion.
L'annonce de l’album Le Pouvoir de la Puissance en juin 2024 a été accueillie avec une ferveur quasi-religieuse. Cependant, l'histoire récente est marquée par le drame physique : l'opération d'urgence de Nicolas Patra pour une hernie discale en mai 2025. Tel un athlète de haut niveau blessé dans l'effort, ou un pianiste perclus d'arthrite, Fetus doit marquer une pause.
L'annulation du concert prévu au Hellfest 2025 est un traumatisme pour la communauté, compensé par la promesse d'un retour triomphal sur la Mainstage 1 le 19 juin 2026, en clôture de légendes vivantes comme Iron Maiden et Helloween.
Line-up Actuel : Analyse d'un quatuor dissonant
À l'instar d'un quatuor à cordes, chaque membre d'Ultra Vomit joue un rôle précis dans l'équilibre instable de l'ensemble.
- Nicolas "Fetus" Patra (Chant, Guitare) : Le Frontman, le Démiurge, le Roi. Sa voix est un instrument polymorphe, capable de passer du growl le plus caverneux (évoquant les tréfonds de l'âme humaine ou une canalisation bouchée) au chant clair mielleux de la variété française, voire aux inflexions rappées.
- Emmanuel "Manard" Colombier (Batterie, Chœurs) : Le Métronome Intellectuel, le Gardien du Temple. Derrière ses fûts, Manard ne se contente pas de battre la mesure ; il sculpte le temps. Son jeu de double pédale est d'une régularité mathématique. Il est souvent le porte-parole du groupe en interview, maniant l'autodérision avec verve. Il est également un grand amateur de musique rétro (Amiga 500), ce qui influence les interludes électroniques du groupe.
- Fabien "Flockos" Le Floch (Guitare Lead, Chœurs) : Le Virtuose, le Coloriste. Son arrivée a transformé le groupe. Ses solos ne sont pas de simples démonstrations de vélocité ; ils sont narratifs. Il est capable d'imiter le style de Kirk Hammett (Metallica), de Dimebag Darrell (Pantera) ou d'Angus Young (AC/DC) avec une fidélité qui frise le plagiat de génie.
- Matthieu "Le Farfadet" Bausson (Basse) : Le Socle, la Fondation Tellurique.: Arrivé en 2014, il a su s'imposer par un jeu de basse solide. Son rôle est ingrat mais essentiel : faire le lien entre la folie rythmique de Manard et les délires mélodiques des guitaristes. Sa basse gronde comme un orage lointain, souterraine, viscérale.
Anecdotes : Les évangiles apocryphes du metal Nantais
L'histoire d'Ultra Vomit est parsemée d'événements qui défient la logique rationnelle et qui méritent d'être consignés pour la postérité.
L'incident de l'Élysée - Le choc des civilisations : C'est sans doute l'événement le plus surréaliste de l'histoire musicale française du XXIe siècle. Le 23 mai 2021, suite à un pari perdu (un concours d'anecdotes) par les youtubeurs McFly et Carlito face au Président de la République, Ultra Vomit se produit dans les jardins du palais de l'Élysée. Imaginez la scène : le 55 rue du Faubourg-Saint-Honoré, lieu de pouvoir par excellence, envahi par quatre metalleux jouant une version grindcore de Une Souris Verte. Emmanuel Macron, assis sur une chaise pliante, assiste à ce spectacle avec un sourire que l'on pourrait qualifier de perplexe et amusé. C'est la rencontre entre Louis XIV et Molière (si Molière avait porté un t-shirt noir et hurlé dans un micro). Manard décrira plus tard ce moment avec une distance ironique, refusant toute récupération politique ("Nous sommes apolitiques", clame-t-il, bien que l'acte soit intrinsèquement politique par sa nature subversive).
La genèse de "Je collectionne des canards" : L'histoire raconte que ce morceau, devenu un hymne scandé dans tous les festivals, est né d'un "gros délire jouissivement puéril" sans cible particulière. Contrairement aux autres titres qui parodient des groupes précis, celui-ci est une création pure, ex nihilo. La simplicité des paroles ("Je collectionne des canards... vivants") cache peut-être une angoisse existentielle : celle de l'accumulation, du matérialisme, de la volonté de posséder le vivant. Ou alors, c'est juste une chanson sur des canards. L'ambiguïté est totale, c'est là toute la beauté de l'œuvre.
L’hernie discale de Fetus - Le martyr du rock et "Miction: Impossible" : En mai 2025, le corps de Fetus lâche. Hernie discale. Opération d'urgence. Le groupe annule tout, y compris le Hellfest. Mais plutôt que de se murer dans le silence digne des grands malades, ils transforment la douleur en art. De cet événement traumatique naît le single inédit Miction: Impossible (Sonde de b!te), sorti le 3 juillet 2025. Comme Frida Kahlo peignait sa souffrance clouée au lit, Fetus chante l'humiliation et la douleur de la sonde urinaire. Le réel fait irruption dans la farce, rappelant la fragilité de la condition humaine face à la machine médicale.
Pourquoi on aime ?
Aimer Ultra Vomit, c'est accepter une part de soi que la société nous demande de réprimer : l'idiot du village qui sommeille en chacun de nous.
- La virtuosité au service du néant : Il y a une jouissance intellectuelle intense à entendre des musiciens d'un tel niveau technique jouer des morceaux aux paroles aussi stupides. C'est le contraste entre la forme (complexe, riche, puissante, produite par Fred Duquesne) et le fond (trivial, scatologique). C'est l'équivalent musical d'une statue de Rodin sculptée dans une motte de beurre (salé, ils sont Nantais). Ils valident le fait que l'on peut aimer le metal (musique exigeante) sans adhérer à son sérieux parfois plombant.
- La madeleine de Proust : Ultra Vomit active notre nostalgie. En reprenant des thèmes de dessins animés (Bouba, Une Souris Verte) ou des publicités (la purée Mousseline), ils touchent à notre inconscient collectif. Ils transforment nos souvenirs d'enfance, souvent mièvres, en hymnes. C'est une réappropriation bruyante de notre innocence perdue. Le public du Hellfest, souvent quadragénaire, se reconnaît dans ces références culturelles communes.
- L'hommage sincère : Sous la parodie perce l'amour. Quand ils imitent Gojira ou Rammstein, ils ne se moquent pas méchamment. Ils rendent hommage. On sent qu'ils ont passé des heures à décortiquer le son de leurs idoles pour le reproduire à la perfection. Kammthaar est peut-être la meilleure chanson que Rammstein n'a jamais écrite, une lettre d'amour en à peu-près-allemand. Un membre d'Ultra Vomit rapporte que le groupe Gojira, parodié dans la chanson Calojira, a commenté en disant : « C’est un honneur d’être parodié par Ultra Vomit. »
Pourquoi on peut détester ?
Pourtant, il est légitime, voire nécessaire par honnêteté intellectuelle, d'émettre quelques réserves...
- L'écueil de la "beaufitude" : Il existe une fine ligne entre le second degré et la vulgarité crasse. Pour certains, Ultra Vomit franchit cette ligne allègrement. L'humour "pipi-caca", la glorification de l'alcool (Ricard Peinard), les jeux de mots faciles peuvent lasser... On peut leur reprocher de transformer le metal en musique de camping ou de fête de village.
- La répétition du procédé et l'auto-parodie : L'album Le Pouvoir de la Puissance a été critiqué par certains pour son "manque de surprise". La recette "intro sérieuse -> riff metal -> paroles absurdes -> imitation d'un groupe connu" peut finir par tourner dans le vide. À force de parodier, le groupe ne risque-t-il pas de devenir la parodie de lui-même ? Si chaque morceau est une blague, l'effet de surprise s'émousse avec le temps.
- La désacralisation du metal (le sacrilège) : Pour les gardiens du temple du "Vrai Metal" (les Trve Black Metalleux), Ultra Vomit est une hérésie. Ils rendent le metal "sympa", "drôle", "accessible". Ils le dépouillent de son aura de dangerosité et de mysticisme sombre. Voir Macron sourire devant Ultra Vomit est la preuve ultime de la mort du genre, avalé par le capitalisme et le divertissement de masse. Ils ont transformé la messe noire en kermesse.
Conclusion
En définitive, Ultra Vomit est bien plus qu'un groupe de "Blague Metal". C'est un miroir déformant tendu à la scène metal. Ils sont les bouffons d'une cour où Metallica, Iron Maiden sont les rois. Par leur maîtrise technique, ils gagnent le droit de se moquer.
Comparer Fetus à Mozart est-il fallacieux ? Evidemment sur le plan de la composition pure, mais pas sur celui de l'esprit. Mozart écrivait des canons scatologiques pour amuser ses amis entre deux messes solennelles. Ultra Vomit a fait de cette dualité son fonds de commerce. Ils nous rappellent que l'art le plus élevé côtoie toujours les fonctions biologiques les plus basses. Dans le grand concert de l'humanité, Ultra Vomit joue la carte du “pipi-caca”, celle qui fait rire et nous ramène au stade anal de notre enfance, nous rappelant avec une humilité bruyante que nous ne sommes, après tout, que de la poussière d'étoiles capable de rire de ses propres déjections. Et cela, en soi, est une forme de grandeur.
MainStage 1
Artiste présent le Vendredi en 2026