Très chouette première chronique
! Continue comme ça !
Merci ! Hésites pas à aller écouter l’album si t’as le temps. D’ailleurs je recommande de l’écouter au calme, ou pour dormir.
HELMS ALEE / SLEEPWALKING SAILORS ( 2014 ).
Y a des albums, on ne sait pas pourquoi , on y revient régulièrement, inlassablement. Justes des albums qui vous font du bien, qui vous apaisent. Des disques " doudou " !
En ce qui me concerne, SLEEPWALKING SAILORS de HELMS ALEE fait partie de ceux là.
Pas de bangers , pas de gros riffs ou de solos de la mort qui tue. Non, juste des chansons finement ciselés qui créent une ambiance aérienne , et une tension constante qui transportent
Attention , y a de l’aérien, mais il y a du trés lourd aussi. Du brute, limite sludgy .
De la rage. De la colère. De la voix gueulée .
Mais celle-ci se marie parfaitement avec les parties mélodique et c’est ce qui fait le point fort de ce groupe . L’alternance entre les parties, calmes, chantées et … le tumulte.
Musicalement, le trio originaire de Seattle se situe au croisement du post-tout et du grunge. Et la filiation avec les Melvins n’est jamais trés loin.
Un entrelacs d’arpèges noyés dans de la reverb et du delay, avec en contrepoint des gros riffs grungy /noisy , une basse rouleau compresseur qui écrase tout et une batterie martelée de façon tribale qui invite à l’abandon, voilà de quoi sont fait les morceaux de cet album.
A propos des fûts, le jeu et les parties chantées de la batteuse donnent vraiment un coté chamanique et incantatoire, à l’ensemble.
Chaque écoute donne l’impression d’être en équilibre sur un fil. Entre obscurité et lumière.
A écouter en priorité pour vous faire une rapide idée : Pleasure Center ( ah cette intro , ça marche à tout les coups ) , Pinniped et Fetus Carcass.
Mais tout l’album est bien et comme dans l’ensemble de la disco du groupe, il n’y a pas grand chose à jeter.
Comme l’illustre la pochette , je vous invite à plonger dans les eaux sombres et vous y faire engloutir. Moi, j’y retourne une énième fois m’y noyer …
Merci @zitoun pour cette chronique !
Helms Alee j’ai souvenir d’un concert pas passionnant au Hellfest 2023, donc pas réécouté depuis. Mais ta chronique m’a donné envie de réessayer
Merci pour cette chouette chronique ! Cet album a beaucoup tourné chez moi aussi, notamment le titre Pinniped que je peux facilement écouter en boucle pendant des jours tant il me plait. J’avais été un peu déçu par leur passage au Hellfest, pas musicalement, mais je les avait trouvé assez distants et pas très communicatifs. Leur set fini, ils ont quitté la scène très rapidement, c’était dommage.
Mais en cherchant un peu après le festival, j’ai lu que la batteuse n’apprécie pas spécialement de monter sur scène car elle se sent mise à nue. J’avais fait un petit focus sur elle sur le Discord après leur passage au Hellfest. Le voici :
Hozoji Matheson-Margullis, batteuse du groupe Helms Alee
Quand Hozoji Matheson-Margullis ne vient pas sous les projecteurs pour taper sur ses fûts, elle part rejoindre l’obscurité et le calme sous-marin.
En effet, en plus de faire partie de plusieurs groupes de Rock/Metal (dont deux groupes exclusivement féminins), elle est également plongeuse à temps plein et biologiste sous-marine. Elle a notamment participé à des études sur les Geoducks, appelées communément Palourdes Royales, qui servaient autrefois de met principal pour certaines tribues d’Amérique du Nord et qui servent de filtre naturel de dépollution des eaux.
A 13 ans, l’album Gluey Porch Treatments des Melvins lui a permis de réaliser que la musique pouvait être plus profonde et personnelle que ce qu’elle avait l’habitude d’écouter à la radio, allant même jusqu’à demander à son prof de guitare de lui apprendre à jouer comme eux.
L’album éponyme de Black Sabbath lui a ensuite permis de comprendre que les musiciens s’inspirent les uns les autres.
Ses passages sur scène lui donnent l’impression d’être nue, scrutée par le public, tandis que son travail sous l’eau la rassure et la réconforte. Je trouve personnellement que les compos de Helms Alee font ressortir cette dualité, entre alternance de titres calmes et titres lourds et violents.
Tout d’abord, parce qu’il vaut mieux prévenir que guérir, celles ou ceux ne se sentant pas au top en ce moment ne doivent pas lire ce qui suit ni écouter cet album. D’avance merci et bon courage à vous.
« La complainte du désespéré »
Qui prêtera la parole
A la douleur qui m’affole ?
Qui donnera les accents
A la plainte qui me guide :
Et qui lâchera la bride
A la fureur que je sens ?
Qui baillera double force
A mon âme, qui s’efforce
De soupirer mes douleurs ?
Et qui fera sur ma face
D’une larmoyante trace
Couler deux ruisseaux de pleurs ?…
Et vous mes vers, dont la course
A de sa première source
Les sentiers abandonnés,
Fuyez à bride avalée.
Et la prochaine vallée
De votre bruit étonnez.
Votre eau, qui fut claire et lente,
Ores trouble et violente,
Semblable à ma douleur soit,
Et plus ne mêlez votre onde
A l’or de l’arène blonde,
Dont votre fond jaunissoit…
Chacune chose décline
Au lieu de son origine
Et l’an, qui est coutumier
De faire mourir et naître,
Ce qui fut rien, avant qu’être,
Réduit à son rien premier.
Mais la tristesse profonde,
Qui d’un pied ferme se fonde
Au plus secret de mon coeur,
Seule immuable demeure,
Et contre moi d’heure en heure
Acquiert nouvelle vigueur…
Quelque part que je me tourne,
Le long silence y séjourne
Comme en ces temples dévots,
Et comme si toutes choses
Pêle-mêle étaient r’encloses
Dedans leur premier Chaos…
Maudite donc la lumière
Qui m’éclaira la première,
Puisque le ciel rigoureux
Assujettit ma naissance
A l’indomptable puissance
D’un astre si malheureux…
Heureuse la créature
Qui a fait sa sépulture
Dans le ventre maternel !
Heureux celui dont la vie
En sortant s’est vue ravie
Par un sommeil éternel !…
Sus, mon âme, tourne arrière,
Et borne ici la carrière
De tes ingrates douleurs.
Il est temps de faire épreuve,
Si après la mort on treuve
La fin de tant de malheurs.
Joachim Du Bellay, 1552
chronique
IGNOBLE - À L’ÉCART - AFSONDRET

Quand Ynleborgaz ne nous « enchante » pas avec Angantyr ou Make A Change… Kill Yourself, il décide de créer, avec l’aide d’une certaine Geneviève, quelque chose de noir, très noir, très très noir… Mi-québécoise, mi-danoise, cette entité bicéphale née d’une rencontre il y a 10 ans à la Messe des Morts de Montréal est tout simplement sinistre.
IGNOBLE est son nom. Torturée est sa musique. Eprouvante est l’expérience.
Rarement album aura autant transpirer le malaise et le tourment que ce À l’écart – Afsondret. Au cas où vous auriez un doute, vous êtes ici face à du Black Metal dépressif. Avec des titres nommés Abjects - Afskyelige, Isolement - Fjern, Antipathie - Antipati et Néant - Intet, on est directement prévenu de ce qui nous attend. Pas de joie, pas de sourire, pas de bonheur, rien que du négatif. Ces 4 chansons, pour un total approchant les 49 minutes, sont interprétées à deux voix et en 2 langues, le français et le danois. Mais pas besoin de tout comprendre pour traduire en émotions ce qu’ils veulent nous faire ressentir en musique. Cette musique est lourde, emplie de tristesse et de douleur, comme un chant du cygne version Black Metal. Rapide ou lente, l’effet est le même. Elle nous emporte loin de la lumière, près de là où les âmes perdues vont chercher le repos. Mais, de repos, vous n’en aurez pas beaucoup dans cette œuvre nihiliste emmené par une batterie tantôt lancinante tantôt déchainée, une guitare aux rythmes des plus lugubres et une basse sonnant comme le glas d’une église un jour d’enterrement. Crier tant qu’ils peuvent pourrait être un descriptif assez fidèle de ce qu’il se passe ici mais il oublierait une composante essentielle de leur prestation, c’est qu’elle est habitée par une souffrance insondable, un malheur indescriptible, une haine du Monde sans commune mesure dans ce que j’ai pu écouter dans ma vie. Je me suis fait mal en écoutant ces louanges à la solitude. Elles m’ont retourné le bide comme rarement auparavant. J’ai eu envie de pleurer de nombreuses fois. Et ce fut aussi dur d’écrire cette chronique. J’y ai mis plusieurs mois car je ne savais pas comment vous faire ressentir ce que j’ai ressenti en l’écoutant encore, encore et encore. Je ne trouvais pas les mots pour décrire cette chose malsaine…
Pour conclure, tel l’Ankou récoltant l’âme des défunts, IGNOBLE vient récolter votre joie pour l’enterrer bien profond. Six pieds sous terre. Ou peut-être plus profond encore…
Temple
Artiste non présent en 2025
Pour info, cet album n’est accessible à l’achat qu’en version digitale sur Bandcamp ou en version vinyl en commande directe auprès du groupe.
Alors là tu me l’as superbement vendu, magnifique chronique. Je me pose ce soir pour écouter l’œuvre
Pareil!
Je n’avais pas encore eu le temps d’écouter le morceau proposé pour le calendrier mais après cette superbe chronique, si tout va bien cet album sera mon écoute du jour. Merci @Infestus.
J’ai eu la chance de le découvrir un peu en amont grâce à nos échanges en MP sur les choix pour le calendrier de l’Avent. Je ne peux que t’en remercier car cet album m’a bien secoué également.
A écouter dans le noir, allongé, les yeux fermés et le casque sur les oreilles. C’est une expérience intense, éprouvante même mais addictive.
Je précise, en complément que l’album est également dispo sur Deezer et, je pense, Spotify si besoin.
J’espère qu’il ne vous décevra pas.
Comme chacun à son propre ressenti, j’espère ne pas avoir survendu le truc… ![]()
Comme tu le sais je suis plutôt friand de DSBM, du coup je ne me fais pas trop d’inquiétude ![]()
J’ai oublié de préciser « pour l’achat » dans le petit message à la fin de la chronique. ![]()
Il est bien sûr disponible sur les plateformes de streaming. Les liens apparaissent d’ailleurs à la fin de la chronique.
Outch.
Merci pour ce partage , celui de ta chronique certes , mais beaucoup plus à la lecture de celle-ci : les émotions fortes que cette œuvre a créés chez toi. J’espère que ça n’a pas été trop difficile d’en sortir . Pour finir sur une note d’espoir tout de même : voici la fin du poème de Du Bellay :
« Vous, à qui ces durs alarmes
Arracheront quelques larmes,
Soyez joyeux en tout temps,
Ayez le ciel favorable,
Et plus que moi, misérable,
Vivez heureux, et contents »…
Ecouté l’ album, après avoir ecouté le premier titre qui m’ avait donné envie d’ aller plus loin… ![]()
Et bizarrement, la voix me faisait penser dans sa façon de l’ utiliser à celle du chanteur de Lethvm, doom… ici, on a moins la lenteur…mais un climat lourd oui et les hurlements de tristesse et de désespoir.
Ah, ah…Angantyr…c’ est plus " gai" . ![]()
Belle chronique et l’ intro en poème, m’ a étonné et fait envie d’ approfondir…ça a un petit air de Baudelaire, même dit de façon différente…Non?
Je me fais peut- être des idées / mon ressenti .
Merci Infestus et d’ avoir proposé ce titre et de faire découvrir l’ album en sortant tes tripes…
Exercice difficile, perturbant plein d’ apréhension en se demandant comment cela sera perçu, mais c’ est comme un besoin irrépressible de partager malgré " les risques" …c’ est ça aimer…se lancer malgré tout…
Grand merci à Toi
Alors @CORKAGE ,qu’en as-tu pensé ?
Et les autres aussi d’ailleurs, qu’en avez-vous pensé ?
J’ai beaucoup aimé, mais je m’attendais perso à quelque chose de beaucoup plus sombre et dépressif. La voix qu’on entend le plus ne m’a pas plus « parlé » que cela, c’est surtout celle qui est parfois en deuxième voix (Geneviève ?) que j’ai trouvé intéressante, crachant une véritable haine et douleur. Par comparaison, j’ai enchainé avec l’un des jalon du genre (« Death, Pierce Me » de Silencer) et la voix de Nattramn est vraiment le genre de voix qui me parle dans le style DSBM (même si forcément très théâtrale par moment). Mais je pense qu’il faut que je me refasse une écoute en ne faisant rien d’autre (là je lisais, même si j’ai à de nombreuses reprises posé mon livre pour écrouter attentivement tel ou tel passage)
Comme je l’avais dit, c’est mon ressenti mais je ne suis pas grand consommateur de DSBM donc cela doit impacté ma vision de cet album.
Ta chronique représentait totalement ton ressenti ![]()
L’album est vraiment génial.
Merci à toi pour toutes ces recos toujours pertinentes et top ![]()
Merci pour la fin du poème …ça touche …
Au coeur! ![]()

